Dans le cadre de la transition vers les véhicules électriques, l’implantation d’entreprises de production de batteries et de gestion de leur cycle de vie a transformé les Hauts-de-France en un territoire clé de l’électromobilité. Accueillir de nouvelles entreprises, stimuler l’innovation et créer des emplois locaux : tels sont les enjeux de cette filière en plein essor. Pour en optimiser les retombées économiques et sociétales, une connaissance fine des compétences, expertises et savoir-faire présents sur le territoire est indispensable.

C’est dans cette optique que Lionel Montagne, Jean-Philippe Lecointe et Sébastien Drouart ont piloté un projet ambitieux : une cartographie fine des activités de recherche focalisées sur l’électromobilité en Hauts-de-France. L’analyse a été menée de manière à révéler les forces du territoire, à identifier les opportunités de collaboration et à accélérer la transition industrielle.

Quelques chiffres clés :

  • 23 laboratoires impliqués dans la filière
  • 96 projets collaboratifs lancé entre 2018 et 2023
  • 147 thèses entre 2018 et 2023

 Pour en savoir plus sur les objectifs, les enseignements et les perspectives de cette initiative, nous avons rencontré Lionel Montagne et Jean-Philippe Lecointe, à l’origine de ce projet ambitieux.

Photot J.P Lecointe

Bonjour Lionel, Bonjour Jean-Philippe pourriez-vous présenter en quelques mots ?

Nous sommes enseignants-chercheurs en chimie à l’Université de Lille et en génie électrique à l’Université d’Artois. Nous avons également des fonctions de Vice-Présidents dans nos établissements (Initiative d’excellence et projets structurants pour Lionel et Valorisation et Transfert de Technologie pour Jean-Philippe). Lionel a animé le Groupe Régional de Réflexion Prospective (G2RP) qui a travaillé sur ce sujet de la recherche en électromobilité en Hauts-de-France.

Pourquoi cette cartographie ? Quels étaient les manques ou les défis qui ont motivé la création de cette cartographie ?

L’électromobilité est totalement d’actualité et plusieurs laboratoires du territoire mènent des travaux de premier plan en lien direct avec ce sujet. L’objectif de la cartographie est d’afficher le potentiel de recherche en région afin de pouvoir communiquer efficacement et, notamment, de booster les partenariats industriels. Il s’agissait donc pour les institutionnels et les académiques d’identifier les forces et les faiblesses de la recherche régionale en termes de production scientifique, de moyens humains et expérimentaux, de partenariats mais également de relations avec le monde socio-économique.

 

L’électromobilité ne se limite pas aux véhicules électriques. Quels sont les autres maillons et expertises de la filière auxquels votre cartographie s’est intéressée ?

La première réflexion a porté sur la notion d’électromobilité qui désigne les façons de déplacer des personnes et des biens en utilisant partiellement ou totalement l’énergie électrique. Ainsi, l’électromobilité englobe la mobilité douce, la trottinette

par exemple, le transport routier allant de l’automobile au poids lourd, le transport guidé, le transport fluvial et le transport aéronautique. Nous avons décliné l’électromobilité selon 10 champs de compétences couvrant 3 volets : le domaine de la distribution (Réseau électrique, Infrastructures de recharge), le domaine de la traction électrique (Stockage, Convertisseurs électroniques de puissance, Machines électriques, Optimisation de la performance) et un volet transversal (Capteurs & connectique, Sciences Humaines et Sociales, Numérique & IA, Economie circulaire).

Y a-t-il des découvertes inattendues révélées par ce travail ?

La cartographie a mis en évidence la capacité du territoire des Hauts de France à couvrir tous les champs cités précédemment : les laboratoires sont en mesure de traiter la plupart des sujets en lien avec l’électromobilité. De plus, le recensement des moyens a mis en lumière des plateaux expérimentaux d’envergure, repésentant un total de 8500m² et des équipements de pointe. L’étude a également montré que la formation des docteurs dans ce domaine est très active avec 147 thèses soutenues en 5 ans !

 

Qui peut consulter cette cartographie et comment les acteurs peuvent-ils s’en emparer ?

Le document, plus de 150 pages, est en phase de finalisation. Il sera mis en ligne sur le site du pôle MEDEE et sera ouvert à tous les publics. L’objectif est évidemment de faire rayonner les unités de recherche du territoire.

Ce modèle pourrait-il être dupliqué dans d’autres filières sur le territoire des Hauts-de-France ?

La cartographie réalisée pour l’électromobilité a démontré l’intérêt de la démarche, aussi une réflexion est en cours pour étendre le concept à d’autres thématiques d’intérêt pour la Région Hauts de France. Ceci permettra notamment d’alimenter la réflexion sur la prochaine Stratégie de Spécialisation Intelligente (S3) régionale.

 

La cartographie sera consultable sur le site du pôle MEDEE

Cartographie électromobilité
Aperçue de la cartographie

Vous êtes conviés à l’évènement Rencontres Entreprises – Recherche pour la Transition écologique en partenariat le CPER ERIN. Nous vous proposons une après-midi de rencontres pour explorer ensemble des défis majeurs pour construire le monde de demain et de stimuler des échanges enrichissants. Entrepreneurs, porteurs de projets, chercheurs nous vous attendons pour des échanges techniques passionnant  autour de 3 thématiques clés :

  • Métrologie environnementale
  • Remédiation & dépollution
  • Procédés éco efficients

🗓️ Date : 4 juin 🕧 Horaire : 12h30 – 17h00 📍 Lieu : Louvre-Lens

Après un cocktail déjeunatoire d’ouverture pour briser la glace et échanger, les échanges se dérouleront en 3 temps :

Pour vous inscrire : https://forms.office.com/e/QcMbTUxx2S

Offrir aux entreprises une expertise complète et multisectorielle sur l’efficacité énergétique et environnementale : c’est la mission de Tech3E, de l’Université d’Artois. La plateforme dédiée à l’environnement et à l’efficacité énergétique porte la valorisation des activités de trois laboratoires de recherche cofondateurs de Tech3E : le Laboratoire Systèmes électrotechniques et environnement (LSEE), le Laboratoire de génie civil et géo-environnement (LGCgE) et le Laboratoire de génie informatique et d’automatique de l’Artois (LGI2A). Chaque unité apporte une expertise spécifique.

« Par exemple, le LGI2A travaille sur les problématiques de la logistique, aussi bien pour le monde hospitalier que pour le transport routier. Ses compétences permettent d’optimiser les déplacements des personnes ou des objets, et de réduire les trajets », explique Juliette Marrant-Defebvin, chargée de développement de la plateforme Tech3E. La structure propose aux entreprises des prestations « recherche » pour limiter les coûts énergétiques et l’empreinte environnementale de l’industrie, des bâtiments ou des activités liées à la mobilité. Les prestations portent sur les tests de matériaux, le développement de solutions innovantes et des modélisations numériques pointues.

Les champs peuvent couvrir l’analyse d’un composant au sein d’un système électrique ou son bon dimensionnement, jusqu’à la mise au point d’un moteur électrique « vert », plus efficient et plus léger, pour accompagner l’essor de la mobilité électrique. Dans le secteur du génie civil, « des travaux sont en cours sur des matériaux à changement de phase, par exemple, permettant d’économiser l’énergie de chauffage », précise Juliette Marrant-Defebvin.

La création de cette plateforme, début 2022, vise à intensifier les relations de l’université avec les entreprises de la région et à l’échelle nationale. « C’est une porte d’entrée dans les laboratoires », souligne Juliette Marrant-Defebvin. Plusieurs entreprises, de la PME jusqu’au groupe international, sont déjà partenaires de Tech3E, à l’image de ThyssenKrupp Electrical Steel, dont une zone de manipulation lui est dédiée au sein du LSEE depuis l’extension des salles d’essais en octobre 2021. La plateforme collabore déjà avec deux start-up des Hauts-de-France. De plus, Tech3E est au cœur d’une dynamique territoriale forte, avec la montée en puissance d’une « vallée de l’électrique » au niveau de l’agglomération Béthune-Bruay, où s’implantent Renault ElectriCity et la gigafactory de batteries ACC (Automotive Cells Compagny). Tech3E pourra répondre aux nouveaux besoins de ces entreprises.

En termes d’infrastructures, la plateforme, actuellement installée à Béthune sur le site de la Faculté des sciences appliquées de l’Université d’Artois, est en plein développement. Grâce à des financements conjugués de l’État, via un CPER, de la Région Hauts-de-France et de l’Université d’Artois, Tech3E intégrera de nouveaux locaux d’ici à 2025. Ce bâtiment de près de 1700 m² permettra d’accueillir les entreprises avec de nouveaux équipements de pointe en lien avec les activités des trois laboratoires. « Nous pourrons construire des parois de plusieurs mètres pour tester, en conditions réelles, leurs performances et nous dédouaner des effets d’échelle. Pour la logistique, Tech3E disposera d’une salle cathédrale consacrée aux drones et aux robots. Concernant les moyens d’essais pour la mobilité électrique, un banc de charge permettra d’évaluer des moteurs électriques de 350 kW et jusque 20 000 tr/min pour des applications automobiles et aéronautiques », conclut Juliette Marrant-Defebvin.